mardi 7 octobre 2014

Une étude sur l'histoire du pénis... OU les théories évolutionnistes

Je lisais cet article très intéressant qui critique les critiques féministes adressées à la psychologie évolutionniste : "Pourquoi l'évolution énerve-t-elle autant les féministes?" de Peggy Sastre pour le Slate.fr (article traduit de l'anglais). Et bien sûr, j'avais envie de le commenter!

Bon, j'ai fait mes sciences, hein... Mais, c'est pas assez. Je suis féministe. Je suis antiévolutionniste :  JE NE CROIS PAS que mes comportements, mes relations, mes pensées, mon inconscient soient guidés par mon désir de perpétrer l'espèce humaine. Je suis pourtant informée et je crois, comme d'autres féministes, dans l'hypothèse que l'être humain ACQUIERT ces comportements en société, que tout est un construit social. Selon Sastre, c'est une croyance naïve et fausse, idéologique et politique même (pcq les autres postulats de base en science, ne sont pas des croyances, hein? et c'est pas politique non plus de postuler des trucs andro-centrés - centrer sur les hommes - et sexistes). Et pourtant, je pourrais lui apporter un nombre d'exemples important des preuves de ma croyance parmi les rayons de bibliothèques d'ouvrages scientifiques féministes partageant ce postulat de base.

De toute façon, dans les théories évolutionnistes, y'a comme un schéma répétitif qui me met mal à l'aise : c'est l'homme qui fait la survie de l'espèce. C'est lui qui est agent. Donc, en ce sens, que je ne le sente pas ne change rien; en tant que femme, ce sont les hommes de mon entourage qui vont de toute façon me donner un rôle dans la survie de l'espèce (me violer, m'approprier dans le mariage, m'exclure dans une relation monogame, etc.). Je sais vraiment pas d'où ça vient, peut-être que c'est un construit social cette drôle de répétition des rôles mâles et femelles dans nos conceptions (un peu comme quand des chercheur-e-s oublient de penser une éventualité pcq ça ne "fite" pas avec nos préconceptions des natures femelle et mâle - je pense à cette histoire de découverte "surprenante!" de guerrières vicking). Comme une répétition de l'histoire du spermatozoïde conquérant qui "défonce" l'ovule passif par sa force et sa détermination, sa soif de domination (alors qu'on sait que ce n'est pas comme ça que se produit la conception, ce n'est pas une histoire virile de conquête, c'est plutôt une rencontre chimique où coexistent 2 gamètes protagonistes). Ou de l'image de l'homme des cavernes brutal qui saisit une femelle passive et soumise par les cheveux et la traîne à l'écart pour copuler/violer, assurant ainsi la survie de l'espèce. Une autre critique de la psychologie évolutionniste mentionne le schéma répétitif de valeurs capitalistes dans les descriptions de ce qu'a pu être la "nature humaine" à la base de l'évolution; la notion de propriété notamment (de toute façon, il existe aussi des théories évolutionnistes en économie et même en littérature! les systèmes économiques comme les genres littéraires qui se comporteraient comme des espèces avec les théories de Darwin... mais elles ont pas mal été abandonnées).




J'ai apprécié cet article, malgré mon malaise initial, car il est rare, il me semble, qu'un-e partisan-e des théories évolutionnistes prennent la peine de répondre à des critiques féministes autrement que par un "elles ignorent tout de la vie" / soupir / "on passe à autre chose".

Cela dit, en lisant attentivement, c'est un peu ça l'argument de fond qui est exprimé de différentes manières. Les féministes ignorent ceci, cela, encore ceci puis cela. Elles proviennent des sciences sociales, tu sais... (dont la psycho ne fait pas partie? j'en ferais toutefois le postulat!) les sciences molles... les sciences pour celles qui ont pas réussi leurs maths fortes (mais on n'en a pas besoin non plus en psycho, ni de chimie, ni de physique).

Il serait difficile d'argumenter sur la base d'études et de "découvertes scientifiques", car il faudrait pour cela s'entendre sur les POSTULATS DE BASE. Ce qui est impossible. On n'est pas dans le même paradigme, comme on dit. Vos critiques sont paradigmatiques tout comme les miennes le sont pour vous.

Vous croyez dans une évolution humaine qui a laissé des traces génétiques importantes, lesquelles auraient un impact fondamental sur nos comportements, des plus anodins au plus importants. Et moi, je n'y crois pas. Vous ne pouvez pas le prouver, je ne peux pas vous prouver qu'il n'existe pas d'évolution. Cela dit, je peux pointer des biais (ce que je me suis déjà permis avec la critique de l'androcentrisme et du sexisme des théories évolutionnistes qui, COMME PAR HASARD, sont en adéquation avec CE QUE JE CROIS être un système social fondamental, racine de plusieurs autres systèmes (économiques, familiaux, éducatifs) : LE PATRIARCAT ou la domination masculine.

Pour moi, le patriarcat est un modèle explicatif. Il n'existe pas comme une entité. Il n'agit pas comme un tout. C'est un ensemble d'interactions qu'il est commun d'exprimer en un seul mot. Est-ce que tous les hommes dominent toutes les femmes dans tous les contextes? : NON. C'est que les hommes, en général, sont avantagés de plusieurs manières, les unes s'enchevêtrant dans les autres, par rapport aux femmes. Qu'il existe des marqueurs de division (le genre) qui permettent de différencier puis de hiérarchiser les sexes (lire Delphy et son Ennemi principal).

Du côté des théories évolutionnistes, le premier problème, c'est qu'elles sont auto-validantes, tautologiques si vous préférez... ou non falsifiables pour parler en langage paupérien. Elles affectent tout et expliquent toujours tout. On part d'elles... puis on y revient. Car entre les deux, c'est plutôt bancal.

  1. Affirmation de base : La survie de l'espèce est à la base de tous les comportements humains selon des racines inconscientes.
  2. Contre-argument évident : Le suicide.
  3. Réfutation : Le suicide est une forme de sélection naturelle. L'individu non-adapté ne pourrait assurer la survie de l'espèce.
Il est impossible de dire quoi que ce soit qui ne puisse être explicable par le postulat de base, puisque ce dernier échappe à toute forme d'argumentation. C'est un postulat comme une grande vérité absolue impossible à démontrer ou à réfuter.


Un peu comme Freud et ses théories psychanalytiques. Si tout part de l'inconscient et que tout s'explique par lui, on ne pourra jamais prouver le contraire. Même si on remarque ce foutu fameux fond de sexisme impossible à expliquer (dans le complexe d'Oedipe, la peur de la castration, la sexualisation de tout, la faute toujours sur la mère, etc.). Même si on y remarque aussi que, comme le postulat de base est bancal, tout le reste l'est également. Ça tient... si on y croit. Et sinon... ben, ça ne tient pas!

Vous nous parlez de faits et d'observations. Mais les faits ne mènent jamais aux conclusions ni aux interprétations qu'on en fait. Celles-ci sont issues des théories sur lesquelles on s'appuie. Les faits ne disent rien du tout. Sur la base des mêmes faits, je peux tirer des conclusions DIAMÉTRALEMENT OPPOSÉE aux vôtres!

Prenons l'exemple de l'étude sur la forme du pénis de Gordon et Gallup citée par Bering dans son article que vous défendez :
  • Hypothèse de base : le pénis a cette forme de champignon pour disséminer la semence concurrente.
  • Sous-entendu : les femmes ont couché avec plus d'un homme dans des délais très restreints pendant leurs périodes fertiles.
  • Sous-entendu 2 : la sexualité des femmes (comme des hommes) est toujours guidée par un instinct de reproduction (tout en fait est guidé par ça, mais SURTOUT la sexualité des hommes).
  • Sous-entendu 3 : les femmes sont tellement passives qu'elles ne peuvent pas choisir elles-mêmes le géniteur de leur descendance... du moins, les formulations de l'étude laissent un peu l'agentivité des femmes, au cours de l'Histoire de la Terre avec des majuscules, en plan, non? (le concept d'agentivité ne doit même pas exister en psychologie évolutionnistes ahah!)
  • Puis viens l'étude, bla bla bla, on joue avec des pénis en plastiques.
  • Conclusion : donc, on peut supposer que le pénis a cette forme pour disséminer la semence et que les femmes ont probablement fréquemment couchée avec au moins 2 partenaires de suite dans leurs périodes de fertilité. 

Peut-être que je suis une féministe scientifiquement illettrée, mais ce n'est pas un peu auto-validant, tout ça? Je veux dire, À QUEL MOMENT, il a été démontré de façon convaincante le nombre de partenaires et la vie sexuelle des femmes au moment de leur ovulation à l'échelle de toute l'humanité depuis sa naissance à auj.? En quoi les "preuves" apportées par les chercheurs sur une étude de 1992 sur des jumeaux conçues de 2 géniteurs différents et celle sur les comportements sexuels des chimpanzées nous éclairent-elles sur les comportements de toutes les femmes dans toute l'histoire de l'humanité à l'approche de leur ovulation?

Je note la perspicacité des chercheurs quand ils supposent que les femmes (des cavernes) peuvent avoir eu deux contacts sexuels de 3 façons : 1. consentis, 2. non-consentis. 3. un consenti et un non-consenti. (j'aimerais obtenir un doctorat en faisant cette déduction simple). Ils ont toutefois oublié des possibilités qu'une féministe avec beaucoup d'imagination ose envisager : 4. l'accident... tsé, la fille qui s'assoit sur une buche/roche/paille/sapinage souillée, 5. celle qui obtient une seconde semence par la force, la menace, la manipulation ou la domination; 6. celle qui en fait un rite spirituel ou un fétichisme et qui s'en met, au doigt ou avec un objet, de plusieurs sources différentes SANS PÉNÉTRATION. Mais tsé, dans le temps des cavernes pis en 2004... y'a JUSTE avec la pénétration qu'on peut mettre du sperme dans le vagin.  

Et qui suis-je, moi, si je n'ai JAMAIS eu un tel comportement? Suis-je une pas-vraie-femme? (zut flûte!) Ou une femme à la nature altérée (forcément, je suis féministe!)? Ou dégénérée (génétiquement déprogrammée, je veux dire, j'OUBLIE que je dois coucher avec 2 gars au moins avant d'ovuler!)? Mais les psychologues évolutionnistes vous le diront : ça n'a pas besoin d'être vrai aujourd'hui, il suffit de penser que ça a été vrai jadis (à un moment qu'on ne pourra probablement jamais décrire).

                                                                     Source : femme des cavernes, http://www.creativ-art1.com/exposition%20salle%201.htm

Et pourquoi la forme du pénis aurait un lien avec l'évolution? (jveux dire, celle de mes dents ne semble clairement pas évolutivement adaptée... m'enfin, on me dira que ça n'a pas AUTANT d'importance que le générateur d'espèce humaine principal, l'acteur principal dans l'histoire de l'humanité : LE PÉNISSSSS).

Enfin, je note que l'étude aborde la question de la circoncision. Puisque les pénis circoncis font sortir le lubrifiant naturel du vagin des femmes (études à l'appuie citées par les chercheurs), pourquoi ne pas avoir conclu QUE LA FORME DU PÉNIS SERVAIT À CONSERVER LA LUBRIFICATION VAGINALE MAXIMALE ET DONC LE CONFORT/PLAISIR DES FEMMES AU MOMENT DE LA PÉNÉTRATION PAR UN PÉNIS? Je pose la question juste de même, lala... juste de même... idéologiquement... évolutivement... féministement... naïvement (synonyme du mot précédent). Ainsi, comme je disais : mêmes faits, autres conclusions.

Un autre exemple, selon moi, est le problème des relations entre les variables. Ce n'est pas parce que 2 variables évoluent en même temps que l'une est la cause de l'autre. Sastre nous donne comme exemple que la popularisation de la pornographie a réduit l'incidence des viols d'après une étude de Mitland. Pourtant, entre les rapports de police des années 70 et ceux d'aujourd'hui, comment ne pas noter qu'il y a eu NOMBRE DE CHANGEMENTS SOCIAUX qui peuvent expliquer que la réalité des viols, leur forme, leur fréquence et leur rapport (ou non, puisqu'on sait que nombres ne sont pas rapportés) à la police, ait pu changer! On pourrait noter les changements de la porno aussi : augmentation de la violence envers les femmes - violences qui ne sont pas considérés comme violentes - augmentation de l'accessibilité de la porno brutale, les viols, la zoophilie, la pédophilie, alouettephilie. Selon l'auteur, cette diversité d'accès à des sexualités illégales est... un facteur de protection (en oubliant que ce contenu est PRODUIT et donc que des femmes et des enfants en souffrent).

Bon, l'autre argument de Sastre, à part notre ignorance des théories évolutionnistes et de leur véracité absolue, c'est notre émotivité. Le mot "viol" me retourne tellement que je ne peux plus penser rationnellement. (D'ailleurs, seuls les chercheurs masculins arrivent à l'évoquer avec froideur, détachement et quasi passion? un peu comme ces médecins-accoucheurs au 19-20e siècles qui se réjouissaient d'avoir des cas de femmes avec des fièvres puerpérales après un accouchement pour pouvoir les présenter à leurs élèves - lu dans un livre sur l'histoire de l'accouchement en milieu hospitalier.)

Enfin, sur la question de la recherche de solution contre le viol, proposition qui devrait tous et toutes nous rallier, je suis mitigée. Si, mettons, supposons,
a) une science est androcentrée, qu'elle présente les femmes comme des objets passifs et les hommes comme les véritables agents,
b) qu'elle décrit le viol comme un moyen naturel d'assurer la survie de l'espèce pour les hommes désavantagés (qui ne trouvent pas de femmes consentantes),
c) que, rendu dans l'espace public ou le discours du sens commun, cette idée de nature devient "ah ben on peut rien y faire, debord" ou pire "ah ben spa si pire, debord" ou encore "ah ben les femmes doivent avoir des moyens de défense contre ça" (idée que reprennent ensuite les psychologues évolutionnistes bien sûr ou, différemment, qui revient dans la bouche d'un candidat républicain aux dernières élections qui soutient qu'en cas de vrai viol, il est rare qu'une femme tombe enceinte car elle a des barrières biologiques qui l'en empêche, ce qui lui permet de s'opposer à l'avortement pour les autres, les maudites menteuses-même-pas-violées-qui-sont-tombées-enceintes),
d) que cette science dit qu'on est déterminée par une histoire à l'échelle géologique (et donc que les changements se feront à cette échelle également - pas besoin de se presser, hein!), en même temps qu'on n'est pas si déterminé que ça, mais qu'à l'échelle statistique (seconde échelle ici, on va finir par en tomber), on est déterminé (vous n'y comprenez plus rien, moi non plus, Sastre m'a perdue ici),
e) que cette science a toujours raison (tautologique) comme je l'ai mentionné plus haut,
f) qu'elle a de la difficulté avec ses corrélations,
g) qu'elle a tendance à généraliser de faibles échantillons,
h) qu'elle a tendance à décrire le passé de l'humanité, ce moment fondamental qui a tant marqué nos instincts et nos cerveau, comme un passé patriarcal et capitaliste,
i) qu'elle est obsédée par la reproduction sexuelle de l'espèce (au yable le vécu traumatisant du viol en dehors de l'ovulation, au yable les accouchements difficiles à cause de traumatisme dans la région du vagin, au yable le vécu féminin, finalement),

EST-CE QU'ON RISQUE D'AVANCER dans la destruction de la culture du viol, la dénonciation de toutes les formes d'agressions sexuelles, la reconnaissance du vécu des survivantes à une agression sexuelle, la mise en place de ressources pour les victimes et d'autres pour les agresseurs, la mise en place de programmes éducatifs pour lutter contre l'idée que l'homme a des besoins sexuels irrépressibles, etc.?

J'aime bien, cependant, l'idée de mémoire collective, d'expériences des générations précédentes qui marquent, je ne sais de quelle façon, ma mémoire (comme la peur du viol!). Mais la mémoire collective, c'est la mémoire de toutes les femmes et des hommes. Ça ne peut pas être JUSTE la mémoire des hommes, et encore moins une construction de mémoires d'hommes viriles, conquérants, violents et obsédés par leur reproduction.

                                                                   Source : http://www.wisdomwellnesstherapies.com/birth-doula.html

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