vendredi 18 janvier 2008

Soutenir une personne atteinte d'une maladie mentale : aidant naturel

J'aimerais souligner une problématique particulière dont on entend souvent parler au Québec depuis que Chloé Ste-Marie en a fait sa grande bataille : les aidants naturels. Et j'irai, comme je l'ai promis dans la description de mon blog, du particulier au général, bien sûr !


Depuis un an maintenant, je vis avec un conjoint qui est atteint d'un trouble mental ; il fait des crises d'anxiété aiguë et est incapable de sortir de chez nous seul. Il souffre d'un trouble d'anxiété généralisée avec des tendances paranoïde et obsessionnelles-compulsives. Il craint tout : les gens, les endroits bondés, les transports en communs, la maladie, les accidents, les catastrophes naturelles et, par-dessus tout, de mourir seul au milieu d'inconnus. Quand je l'ai rencontré, je ne connaissais rien de la maladie mentale ni du quotidien avec quelqu'un qui en est atteint. Je ne voyais pas ce qu'il y avait de si difficile.


Dans un couple avec des enfants, le père est sensé être un adulte sur qui on peut compter et qui peut nous remplacer quand on veut sortir ou simplement travailler. Dans mon couple, même si mon copain est très impliqué à la maison, aussitôt À l'extérieur, il devient comme un troisième enfant dont je dois m'occuper. Son comportement change, il devient nerveux, irritable, agressif. Il me répond sec et refuse tout changement de programme. Puisque nous devons prendre l'autobus pour nous déplacer, il ne cesse de répéter que le bus sera bondé, que les gens ne céderont pas de siège à notre fille, que le chauffeur ira trop vite, freinera trop sec, etc. Bref, il devient soudain tellement négatif qu'il nous pourrit la vie et, à chaque fois, cela finit que je me fâche contre lui et lui demande de se taire. Son silence me fait du bien, mais je le vois qui se met à avoir des tics nerveux, qui agit de façon antisociale, qui manque de courtoisie ou devient carrément impoli. Parfois, un simple regard suffit pour déceler que cet homme a un problème. Dans l'autobus, il regarde tout le monde sur un air défensif et provocateur, il se gratte sans arrêt, il arrange son manteau, retrousse et redescend ses manches et il tremble de partout.


Ce serait presque du gâteau s'il pouvait sortir seul, mais il doit toujours se déplacer avec moi (et donc, avec nos deux enfants), car il est incapable de sortir seul. Il a essayé à plusieurs reprises (je sais que c'est la question que tous se posent, mais je déteste qu'on ose douter de son courage), mais chaque fois, il est revenu après avoir souffert de plusieurs crises qui l'ont fatigué beaucoup. Les crises, ce sont des moments où son corps part en panique. Son coeur bat plus vite, il a des palpitations, sa respiration devient rapide et s'il continue de s'hyperventiler, il s'évanouit. Son corps tremble de partout, ses yeux regardent de tous côtés et ses tics deviennent très apparents. Le pire, je trouve, c'est qu'il se met à suer comme un animal qui a peur. Biologiquement, c'est en plein cela qui se passe, son corps lui commande qu'il y a un danger très important et qu'il doit s'en protéger. Malheureusement, comme il n'y a pas de réel danger, cela a pour effet de l'empêcher carrément de vivre puisque cela restreint peu à peu les endroits où il se sent capable d'aller jusqu'à ce qu'il ne puisse plus sortir du tout, comme c'est le cas maintenant.


J'aimerais apporter une dernière précision : CE N'EST PAS DE SA FAUTE ! Ce n'est pas par lâcheté qu'il est devenu antisocial, agoraphobe, chlostrophobe et alouette ! Cette maladie est biologique, comme une grippe est virale. Si on ne peut se débarrasser d'une grippe en se disant : "voyons grippe, tout ceci est absurde, quitte mon corps" ; c'est exactement la même chose pour la maladie mentale, à la différence que ce n'est pas le temps qui fait qu'on guérit, mais un travail incroyable sur sa psyché et... dans certains cas, les médicaments s'avèrent indispensables pour toujours, comme le diabétique qui prend sa pilule à chaque jour pour que son corps fonctionne. Certains discours sont empreints de préjugés sur la maladie mentale et cela me révolte, parce que c'est la honte qui a empêché mon conjoint d'aller consulter plus tôt et qui l'a poussé à s'isoler de tout le monde pour ne pas que personne sache l'odieux ! Une personne qui souffre d'un problème mental n'est pas faible, elle vit simplement une situation très souffrante et pénible et a besoin d'aide médicale et psychologique, elle ne peut pas s'en sortir seule. Aussi, j'ajouterais que les médicaments ne sont pas que des béquilles; dans certains cas, ils sont indispensables pour que la personne puisse fonctionner dans la société. Il faut toujours peser les avantages et les inconvénients avant de s'insurger contre les antidépresseurs et compagnie : pour un père d'une jeune famille, le temps ne se rattrape pas, c'est aujourd'hui que ces enfants ont besoin de lui, il doit fonctionner ! C'est aujourd'hui que sa blonde a besoin de son aide pour ne plus être mère mono parentale ! Et si les pilules s'avèrent indispensables pour longtemps... tant pis, ce sera ainsi. Entre avoir un copain complètement dingo aussitôt que l'on franchit la porte de notre bloc d'appartements ou avoir un copain qui doit prendre des antidépresseurs, je choisis immédiatement la deuxième avenue.


Alors cessons de faire souffrir les individus aux prises avec une maladie mentale en les torturant avec nos préjugés sur la faiblesse et la lâcheté et devenons tous des aidants naturels en s'armant de patience et de compassion devant leurs efforts immenses, même si leur problème n'a rien de rationnel pour nous et que leurs efforts nous paraissent si longs et minimes.